xposition d’œuvres d’Arts Plastiques sur le Rituel «AKPENDU’’ à Kara. Considérer l’Art dans ses rapports avec la tradition , les ancêtres et le mystère (mythe ) dans les sociétés traditionnelles, est toujours un exercice fascinant auquel se sont attelés plusieurs penseurs et artistes , en quête de découvertes pour servir et enrichir leurs connaissances profondes de l’humanité. C’est dans cette optique que s’est déroulée du 13 au 22 juillet à Kara une exposition d’œuvres d’Arts Plastiques ethnographiques dénommée «KAR’ARTS Evala 2024″ sur la thématique «Akpendu»qui se situe dans la tradition initiatique kabyè. Les activités de cette exposition ont débuté le samedi 13 juillet par une cérémonie solennelle présidée par le maire de la commune Kozah 1, Pidabi Pawoubadi, qui avait à ses côtés le maire Kozah 4,Dr ADOM Simfèilé; le Directeur régional des Arts et la culture (DRAC) de Kara, Kodéma maana et la présidente de l’association ‘’ART HERITAGE CULTURE’’, Berthe Atafèinam BELEI-KADANGA ainsi que des professeurs des universités du Togo.
Dans une allocution d’ouverture des travaux, M.Pidabi Pawoubadi a exprimé sa gratitude et ses vives félicitations à Mme Atafèinam BELEI-KADANGA initiatrice de ladite exposition. Il a, au nom toutes les autorités de la kozah, encouragé les organisateurs et les acteurs de cette exposition, qui selon lui est un événement qui permet de matérialiser et de conserver l’authenticité du rituel d’initiation de la jeune fille kabiyè . Il a invité les institutions , les bonnes volontés et les cadres de la kozah à accompagner la promotion et la valorisation de la culture et des rites initiatiques du peuple kabiyè que pilote depuis quelques années l’Association ART HERITAGE CULTURE via le projet du Marché des Arts de Kara. Des professeurs des universités du Togo ont promis de nouer des partenariats entre le marché des Arts de Kara et l’Université de Kara afin que les étudiants en master et en doctorat dans les filières de l’histoire, sociologie et anthropologie puissent mener des recherches approfondies et avoir des thèmes de mémoire plus pertinents. Car disent ils, beaucoup de connaissances sont à découvrir à travers ce programme pour compléter ou étoffer les curricula universitaire.
Des témoignages émouvants des visiteurs
Unique en son genre au Togo, cet événement qui est à sa troisième édition, a vu défiler pendant 9 jours des centaines de visiteurs au rang desquels des membres du gouvernement notamment les ministres Eké Kokou HODIN de l’Enseignement Technique et de la formation professionnelle, Rose Kayi MIVEDOR- SAMBIANI, du commerce, de l’artisanat et de la consommation locale ainsi que des professeurs des universités du Togo. Pour la première fois, les deux membres du gouvernement découvrent une exposition artistique relatant toute l’histoire d’un peuple et les étapes d’un rituel traditionnel , de l’origine du peuple kabiyè à l’aspect surnaturel des rites Akpendu en passant par ses dimensions métaphysiques, aux aspects symboliques et autres. C’est avec un air admiratif et fascinant que ces ministres et leurs suites observaient non seulement la qualité et la beauté des œuvres mais surtout écoutaient les explications et significations de chaque tableau ou œuvre que décortiquait avec aisance et charme, Mme Atafèinam BELEI-KADANGA. Très touchés par le génie créateur des artistes plasticiens de Kara et de surcroît de la richesse culturelle des rites Akpendu, les ministres ont encouragé les initiateurs et promis le soutien du gouvernement pour la pérennisation de cet événement ainsi que pour la conservation de la culture .
Tout en saluant l’organisation de cette exposition pour les connaissances reçues, la majorité des visiteurs a exprimé son mécontentement pour le manque de vulgarisation des connaissances culturelles des peuples au Togo . « je ne comprends pas, pourquoi on ne nous a jamais parlé de la richesse de nos cultures. Pourquoi depuis les cours primaires jusqu’à l’université il n’y a aucun enseignement qui nous révèle authentiquement nos identités ? Je regrette, on a passé tout notre temps à diaboliser nos cultures et à rejeter les pratiques de nos ancêtres et pourtant elles sont pétries de richesses pour notre développement personnel et communautaire. Je suis kabiyè mais malgré mon âge et mon niveau d’étude, il ya beaucoup de choses que je viens de découvrir sur la philosophie de vie de nos grands parents (à travers la présentation de la dame) que je n’ai jamais apprises ni à la maison ni à l’école. franchement je tombe des nues face à l’histoire de mon peuple, je suis comme un nouveau né», s’exclamait avec les larmes aux yeux, un visiteur.
«Merci infiniment aux organisateurs pour cette tribune qui nous permet de nous connaître au travers de la maîtrise des bien-fondés de nos cultures et rites initiatiques. Cette exposition a éloigné de moi, une grande partie de mon ignorance», a renchéri un autre.
Pourquoi le thème «Akpendu» pour «l’exposition «KAR’ARTS Evala 2024″?
En effet c’est un constat amer qui démontre la méconnaissance et la perdition à petit feu de la tradition du peuple Lama qui a suscité l’idée de l’exposition collective des œuvres d’Arts Plastiques chaque année à kara pendant la période des Evala. Il s’ agit de matérialiser sur les supports physiques d’une part l’origine mythique et l’historique du peuple Lama, et d’autre part représenter l’origine et les différentes interprétations des rites et des symboles liées aux aspects surnaturels des rituels d’initiations du jeune Lama. Pour cette édition l’exposition a abordé spécialement l’initiation de la jeune fille depuis sa naissance jusqu’au mariage en passant par les différentes phases de sa dotation et de la cérémonie d’initiation Akpendu.«L’exposition «KAR’ARTS Evala 2024″ a pour thème «Akpendu». Akpendu , parce que nous avons voulu décortiquer avec les artistes les différentes phases de ce rituel d’initiation de la jeune fille kabiyè et permettre d’informer la population sur les différentes étapes. Ceci parce qu’aujourd’hui beaucoup de phases dans ce rituel ont disparu, ne sont plus exécutées ou respectées par le peuple Lama (kabiyè) compte tenu justement du niveau de modernisation de la population. Il y a aussi le côté religieux. Avant quand le rituel avait été institué tous les peuples Lama avait une seule religion, la religion traditionnelle. Aujourd’hui les fils Lama ont adopté plusieurs religions. Certains sont chrétiens , musulmans, traditionalistes ou bouddhistes, donc il y a plusieurs religions qui se sont intégrées et ça fait que le côté traditionnel des rites est respecté. Mais sur le plan religieux, à un moment donné lorsqu’on finit l’aspect traditionnel et qu’on veut rentrer dans l’aspect religieux tout le monde n’est pas d’accord par rapport à la poursuite du rituel», a expliqué Mme Atafèinam BELEI-KADANGA.
Bilan et remerciements
Dans son discours de clôture, Mme Atafèinam BELEI-KADANGA s’est réjouie de la réussite de l’évènement. «Je pense que cette exposition a eu du succès ne serait-ce que par rapport aux expositions précédentes parce que nous sommes à la troisième édition et nous avons vu un engouement de la population et de certaines autorités autour de l’exposition et de la thématique. L’intérêt que les gens ont eu à prendre assez de temps pour visiter l’exposition parce que, lorsqu’on visite cette exposition et on souhaite être guidé, cela prend pratiquement deux heures de temps pour décortiquer et visiter tous les tableaux et toutes les différentes phases qui ont été représentées. Donc les gens ont pris les deux heures de temps. Nous avons reçu des centaines de visiteurs donc ils ont pris le temps de vraiment d’être guidés et recevoir toutes les explications par rapport aux différentes phases qui ont été exécutés sur les supports visuels. L’exposition a également reçu la visite de deux ministres du gouvernement togolais donc nous pensons aussi que c’est un plus et qui nous exhorte à mieux faire l’année prochaine».
Elle a,à cet effet remercié toutes les bonnes volontés en particulier la cheffe du gouvernement togolais pour les multiples soutiens apportés pour la réalisation des activités de la troisième édition «KAR’ARTS Evala 2024″.
«Nous disons surtout merci à madame le premier ministre, Victoire Dogbé qui nous a soutenue depuis l’année dernière et qui nous a soutenue encore cette année financièrement à travers le partenariat qu’elle nous a permis d’avoir avec la société T-oil. Nous lui disons vraiment merci et nous exhortons les autres à emboîter ses pas, parce que les arts plastiques pour informer et être au service de la population, a besoin de soutien des autorités, a besoin du soutien de la population et de tout le monde pour avancer».
L’exposition «KAR’ARTS Evala 2024″ vue par des artistes plasticiens de Kara
L’élaboration du projet de l’exposition bien qu’étant faite par la promotrice, la réalisation des œuvres d’arts a été confiée à une quinzaine d’artistes plasticiens talentueux de la ville de Kara. Il s’agit notamment de Clément Manëzinesso ASSOTI, alias Assoti : Peinture sur toile; Pouweréon KOMOU, alias Art Solo, :Peinture sur toile; Assetina John ADJAKSIBA, alias Assetina :Peinture sur toile; Abalo FARAM, alias Frédéric :Peinture sur toile; Essyèdawé BASSES, alias Bassës: Sculpture; Essowe HASSOU, alias Esso Décor, :Peinture sur toile; Essodina BAKOUBOLO, alias Bakoubolo: Sculpture/Peinture sur toile; Koffi DABLA, alias Folbown : Sculpture; Soou ATTITI, alias Attiti: Peinture sur toile; Essoyodou ADOM, alias Altesse:Peinture sur toile; Atina N’KATCHAO, alias N’Katchao:Peinture sur toile; Sim KALAO, alias Sim Décor: Peinture sur toile; Panèssè Pakaï BAMAZI, alias Markuspaness: Peinture sur toile/Sculpture; Eric AGBA, alias Eric Agba Art:Peinture sur toile et Mébinisso TAGBA, alias Petit Picasso : Peinture sur toile. Ces derniers ont démontré leur savoir-faire artistique à travers la qualité des tableaux réalisés dans la grande salle des expositions de TILITU LAB, dans l’enceinte de la maison des jeunes de Kara.
Outre son importance culturelle et cultuelle, le projet « Marchés des Arts de Kara» est un véritable facteur de motivation et de renforcement des capacités des artistes plasticiens de la ville de Kara.«C’est une tribune qui nous permet de nous exprimer librement , parce que de tout le nord il n’y a pas une tribune comme ça et étant donné que nous sommes ensemble ça nous permet d’avoir une tribune pour nous exprimer à moi seul vu le niveau et comment l’art se meut, à moi seul je ne peux pas arriver à prendre déjà la salle là et tout ce qui va avec . Moi j’avais dit personnellement que je ne vais plus faire des tableaux. Je suis vraiment heureux de participer à cet événement très enrichissant et qui a aussi des choses qu’on a apprises et qu’on espère qu’au fur et à mesure que le projet avancera, nous arriverons à nous approprier ce projet, nous approprier notre propre culture afin que d’autres générations puissent en profiter. Les documents que j’arrive à avoir et que je lis, je vais aisément pouvoir expliquer à quelqu’un qui, à un moment donné, serait hors des mœurs, le vrai chemin», a souligné Assetina John ADJAKSIBA, alias Assetina peintre sur toile.
Selon Essodina BAKOUBOLO, alias Bakoubolo, les activités du projet «Marché des Arts de Kara» sont facteurs de dépassement et un tremplin pour la professionnalisation des artistes.«Moi, habituellement je n’aime pas travailler sous pression étant donné que notre travail nécessite une bonne inspiration pour la réalisation des oeuvres de qualité. Mais avec ce projet qui ne consiste pas à créer simplement une œuvre mais plutôt à faire une collection d’art suivant un thème précis, j’ai pu travailler sous la pression non seulement de la promotrice, mais aussi du temps imparti relativement court, ce que je n’ai jamais pensé pouvoir faire un jour. En voyant la quantité et l’exactitude des œuvres que j’ai confectionnées conformément au document et aux exigences de cette situation inhabituelle, je suis très content. Car ça permet de nous professionnaliser d’avantage pour être aptes à affronter toutes compétitions.»
L’exposition «KAR’ARTS Evala 2024″ organisée par le marché des Arts de Kara, placée sous le haut patronage du ministère de la culture et du tourisme et sur le parrainage de la commune Kozah 1, a permis pour le moment de produire et d’exposer 24 oeuvres d’arts (sculptures, peintures) ethnographiques sur 125 au minimum prévus pour la collection Akpendu. Puisqu’il s’agit d’oeuvres ethnographiques, une partie de ces oeuvres seront exposées au Musée Régional ethnographique de la Kara pendant une période d’un an, c’est-à-dire jusqu’en juillet 2025.
Qui est Mme Berthe Atafèinam BELEI-KADANGA?
Economiste de formation issue des universités de Paris, Mme Berthe Atafèinam BELEI-KADANGA, après quelques années passées dans l’administration au Togo, poussée par la passion et l’amour fou de la culture africaine, démissionne de ses fonctions pour se former à l’art plastique. C’est ainsi qu’elle devient plus tard une promotrice culturelle chevronnée très engagée pour la promotion des arts plastiques et de la restitution de la vraie histoire du Togo et de ses peuples.
Sur le plan de la promotion et de la valorisation des artistes plasticiens et des Arts Plastique, madame Atafèinam BELEI-KADANGA forme à chaque vacances et ce depuis une quinzaine d’années, des centaines d’enfants à travers tout le pays en Arts plastiques (peinture et sculpture , Percussion et Danse. Elle est la première à organiser les Awards en arts plastique au Togo et en Afrique de l’ouest à travers les Résidences Internationales de Créations Artistiques et Culturelles (Ricac) 2024 à tsévié dénommé «ART’ PLASTIC AWARD». Elle a participé à plusieurs expositions artistiques sur le plan national et international avec des œuvres produites par des artistes du Togo. Elle est porteuse de deux grands projets : la construction de la première École des Beaux-Arts du Togo et la mise sur pied des Marchés des Arts du Togo.
Sur le plan de la pérennisation de nos cultures et la restauration de l’histoire, Mme Atafèinam, ne ménage aucun effort pour permettre aux Togolais de découvrir leur vraie identité. C’est dans ce sens quelle a entrepris des recherches sur l’histoire des peuples togolais et de leur culture et rites initiatiques.
Depuis trois ans elle est initiatrice d’expositions collectives des oeuvres d’Arts Plastiques pendant la période des Evala et des Akpema sur l’origine des peuples Lama, sur l’origine des rites initiatiques et de leur pratique. Cette dame battante est l’un pilier important pour l’avenir de la culture au Togo.